Nicolas Sarkozy, dans un discours prononcé l’an dernier, Édouard Balladur, avec ses propositions de réformes des collectivités territoriales, les principaux élus normands, depuis des années, mais aussi beaucoup de « simples » citoyens, chaque jour… Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir de la Normandie et qui se demandent : « Faut-il une ou plusieurs régions normandes ? »
Les prochaines élections régionales doivent être l’occasion, pour les candidats et pour les électeurs, de se prononcer sur cette question, moins farfelue qu’il n’y paraît.
À l’unification de la Normandie, bien des objections peuvent être faites : historiquement, et dans ses frontières actuelles, la Normandie n’a été unie qu’au Moyen-Âge. Si l’on regarde la diversité de ses paysages, du pays d’Auge au pays de Caux, en passant par le pays de Bray et sa célèbre « boutonnière », du Cotentin aux premières terres du Bassin Parisien, comme le dit Wikipédia, « la Normandie n’a pas d’unité géographique ». Et encore, je ne parle pas de ces îles, plus « anglo » que « normandes », qui sont restées britanniques (et que je ne revendique pas pour la France, je vous rassure !). Deux régions, cinq départements, deux académies, trois « capitales » au moins, qui se disputeraient férocement le titre de préfecture de région, la Normandie est bel et bien divisée. Certains sont persuadés qu’elle doit le rester.
Pourtant, je crois à la possibilité, si les Normands le veulent, d’une telle réforme. Ainsi unifiée, notre région aurait une taille critique qui lui permettrait de rivaliser avec d’autres grandes régions européennes. Un petit tableau donne une idée de comparaison (les chiffres sont arrondis) :
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région |
Superficie (en km2) |
Population (en millions d’habitants) |
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Lombardie |
24 000 |
10 000 000 |
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Normandie |
30 000 |
3 200 000 |
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PACA |
31 000 |
5 000 000 |
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Catalogne |
32 000 |
7 500 000 |
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Bavière |
70 000 |
12 500 000 |
Elle aurait surtout une façade maritime étendue, de Cherbourg à Dieppe, équipée de grands ports aux activités complémentaires. La France, seul pays d’Europe avec l’Espagne à disposer de deux façades maritimes, l’une sur la Méditerranée et l’autre sur l’Atlantique, sous-estime la puissance que lui donnent ses kilomètres de côtes – sauf quand il s’agit d’accueillir des touristes. Pourtant, cet atout inestimable gagnerait à être joué dans le grand jeu de l’économie mondialisée.
Bien sûr, se pose la question de la capitale. Pour avoir vécu vingt-quatre ans en Lorraine, où la rivalité Nancy-Metz empoisonne toute la vie politique, je mesure l’importance et la difficulté d’en définir l’emplacement. Rouen, Le Havre, Caen ? Une autre ville, minuscule, comme le font les Américains, qui entre Los Angeles et San Francisco, ont choisi Sacramento ? La réponse, en vérité, importe peu, si la nouvelle Normandie sait se gouverner de façon réellement décentralisée, et à condition que ce « titre » ne soit pas, pour la métropole qui l’aura, le moyen de monopoliser les activités économiques et les emplois. Située à la rencontre des deux Normandies, la rurale et l’industrielle, à peu près à mi-chemin de Cherbourg et de Rouen, et suffisamment loin de Paris, Caen peut légitimement prétendre à ce titre.
C’est donc possible. Et, à ceux qui se demandent ce qu’il manque pour rendre cette « utopie » réalisable, j’ai envie de répondre :
« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. »

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